C'était un samedi après-midi, un instant choc à 2 pas de la Vonne @LVS2

C'était un samedi après-midi, un instant choc à 2 pas de la Vonne 

Article | 10-2008

Nous descendons le petit chemin qui mène aux deux étangs. Je suis un peu à l'arrière car je prends quelques photos.. A ce carrefour, 2 choix se proposent : nous passons dans le pré ou bien nous longeons les 2 étangs pour rattraper le champ en contre-bas. Nous optons pour cette dernière. Le premier étang est à sec. Arrivés au second, nous visitons tout d'abord la petite cabane. Tu dis : un euro la visite !
Je m'approche de l'étang pour de nouvelles photos avec ces magnifiques couleurs d'automne. Tu longes la partie asséchée et tu te trouves rapidement de l'autre côté mais bloquée car tu ne peux remonter directement dans le champ en face. Pépé remarque un nid de frelons assez agités et nous invite soit à passer notre chemin sans nous arrêter ou bien à le contourner. Je continue à longer l'étang. Tu arrives bientôt à ma hauteur, je te prends en photo, souriante, alors que tu es encore un peu dissimulée derrière les branchages.

Nous nous dirigeons vers la jetée en vue de rejoindre le champ en face. Tu demandes si tu peux aller sur la passerelle en béton qui surplombe la bonde de l'étang. Elle nous paraît sûre car en béton et acquièsçons.
En quelques foulées, tu la rejoins. Nos appareils photo fonctionnent car les couleurs du paysage sont surperbement mises en valeur. Nos viseurs sont naturellement dirigés vers la passerelle pour te prendre en photo.
Personne ne remarque ni pense à la trappe qui se trouve devant toi. Parfaitement recouverte d'une mousse verte et épaisse, tu sembles ne ressentir aucun danger. Tu ne te méfies donc pas. Lorsque tu mets le premier pied dessus, à priori aucun signe de faiblesse, je pense. Mais lorsque tu mets le second – je pense aussi – tout va alors très vite.
Sous ton poids, une première planche cède d'un côté, puis une seconde. Tu "t'effondres" sans vraiment pouvoir réagir, comme dans un piège. En quelques dizièmes de secondes, tu disparais à moitié, plus que la tête et tes bras relevés. Puis plus rien du tout. Pas un bruit. J'ai déclenché mon appareil photo. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce que j'ai pris. Je t'ai vu tomber au travers du viseur!
Cela fait vraiment drôle. Je suis affolé mais reste confiant quelque part. Je me sens tellement bien au bord de la Vonne, que je ne peux penser qu'elle nous apporte du mal. Je suis déjà en train d'accourir. Nous accourons tous. Beaucoup de choses défilent à ce moment-là dans ma tête. Je te parle : "ça va, ça va Mathilde" pour tenter d'avoir une réponse de toi, de garder le contact. Je n'entends presque rien. Je ne sais si tu as répondu, si tu nous as entendu..
L'inquiétude grandit. As-tu quelque chose de cassé ? Es-tu assommée ? L'adrénaline monte. Le fait qu'il n'y ait pas eu de bruit lors de ta chute me fait dire que le fond est sec, mais dans quel état ? Quelle est la profondeur du trou ? La passerelle est parfaitement sèche et propre. Nous nous approchons du bord. Pépé soulève les autres planches pour découvrir complètement le trou. Nous te demandons si ça va, si tu peux bouger tes bras, tes jambes, ta tête. Tu es debout au fond du trou d'environ 3 mètres de profondeur. Nous sommes rassurés. Ouf.


Mais la question est : comment te sortir de là ?
Pépé ôte les planches verticales qui font face à l'étang. Ce qui lui permet de descendre sur le muret au désaroi de Chantal et Christophe qui s'inquiètent de le voir tomber en arrière dans l'étang. Pépé renchérit en disant que son métier était de monter comme cela sur des charpentes parfois doûteuses comme celle-ci en quelque-sorte (c'est aussi une manière de ne pas vouloir vieillir, c'est un acte très courageux). Gardons notre calme. En tout cas, cela te fait maintenant une entrée de lumière moins stressante. Du moins, c'est ce que nous pensons.

Devant l'impossibilité de te remonter simplement avec nos mains, je cours vers la cabane voir si quelque chose peut nous aider. Je cours et reviens avec la clé de la bonde, une tige métallique solide certes, assez longue mais qui ne se révèle pas suffisante non plus pour te tirer de là.
Nous décidons donc d'aller à la recherche d'une échelle. Maman et Christophe traversent le fameux champ en direction de la ferme de Jean-Luc. Pépé et moi pendant ce temps discutons avec toi. Tu te plains de ton coude. Tu as perdu une boucle de ton bracelet. Tu la cherches en vain par terre. Petit à petit, ta mine devient moins triste, moins crispée. Je pense qu'à ce moment-là, le temps paraît encore long au fond du trou entouré de quelque 2 mètres d'eau.
Tu aperçois de la lumière en bas par le trou. Il semble assez large pour que tu y passes, mais où sort-il ? Je m'en vais y voir, il sort de l'autre côté de la jetée. Il y a un coude et son extrémité ne fait que 40 cm de diamètre environ. Tu ne peux donc pas passer. Et puis ce serait une autre expérience, car se dissimuler dans un tel trou en descendant n'est pas facile du tout. Sans oublier qu'il y est impossible d'y faire demi-tour. La patience est de mise.

Nous nous disons à plusieurs reprises que tu as eu bien de la chance, que tu t'en tires à bon compte. Une petite blague, une petite pointe d'humour (si je peux me permettre). Il faut meubler l'attente. Je sais maintenant que tu n'as rien de grave. Je suis rassuré. Nous sommes rassurés Je te propose de prendre une photo. C'est un peu dur sur le moment, mais je pense surtout à l'après, pour la mémoire, pour mieux le revoir, pour que tu voies comment nous te voyions, pour en reparler, tenter d'expliquer, de mettre des mots et des images sur ce qui s'est passé. De quoi es-tu consciente ? Tes bras ont dû instinctivement protéger ta tête. Déséquilibrée par la cassure de la planche, ton bras gauche (du coude à l'épaule) a dû percuter les planches et encaisser une partie du choc, fort heureusement, tu n'as pas touché le béton mais seulement le bois. Et ta tête fût ainsi protégée.

Au bout de 5 à 10 minutes, j'aperçois maman et Christophe descendant du champ avec une échelle. Je te passe l'info. Pépé est toujours en équilibre sur le muret. Ca y est l'échelle de fortune est là. Nous sommes deux à te la descendre. Ca y est elle est posée sur le fond. Tu t'organises pour y monter. Tu ne souhaites pas te servir de ton bras gauche. A la quatrième ou cinquième marche, pépé te prend le bras et te soutient. Deux marches de plus (la dernière en somme).
Je t'aide à t'asseoir sur le bord et à pivoter. Ca y est (ouf!), te voilà sur la terre ferme. Tu sembles trembler un peu, c'est normal, quelle drôle d'expérience. Tu as été forte, c'est super. Après s'être assuré que tu pouvais poursuivre et continuer à marcher, nous t'accompagnons sur la passerelle. Je ramène en courant la clé de bonde à la cabane  (en remerciant dans ma tête notre bonne étoile) et vous rejoins dans le champ où vous m'attendez.

Au passage nous rencontrons Jean-Luc, qui se demandait un peu ce qui se passait avec cette échelle qu'il avait vu traverser le champ. Je ramène ensuite l'échelle salvatrice à sa place avec Christophe avant de vous rejoindre pour faire un petit tour au bord de la Vonne. Et chacun reprend doucement son souffle.



Voilà. Ce n'est pas rien. C'est une expérience du vécu que tout un chacun subit un jour ou l'autre (comme disait Nuri, nous ne sommes pas dans un univers complètement aseptisé!). L'important est de passer l'obstacle, et de s'en sortir grandi. C'est un exemple de moment fort, intense, mais humain en somme, où la solidarité révèle une de ses nombreuses facettes - oubliant les petites querelles - et trouvant toutes les énergies pour s'en sortir. C'est toujours un peu comme cela dans la vie. Si on se croit parfois un peu oublié, ignoré, voire mal compris, il y a toujours une bonne étoile qui est là, qui brille quelque part et nous surveille comme une bonne fée. Et le moment venu, elle sait éclairer notre chemin. Le tout est d'en être suffisamment conscient (et confiant), pour s'en apercevoir de temps en temps (et de se dire, tiens il y a eu quelque chose..), même si on ne voit pas, même si on ne comprend pas tout. C'est ce que j'appelle l'enthousiasme.

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